les Coulisses du 100% coton

Grâce à Eco-Fashion de Sandy Black, une de mes questions principales lorsque j’achète un vêtement a pu trouver quelques réponses : est-ce que la fibre naturelle est meilleure que la fibre synthétique ?

Question confort, c’est incomparable : le polyester, la fibre la plus utilisée au monde, a toujours quelque chose de froid au toucher, et retient très bien les mauvaises odeurs. Le coton, lui, est toujours doux, fait bien circuler la chaleur, et vieillit bien la plupart du temps.

Le coton est cultivé depuis 5 000 ans, c’est une plante qui a besoin de climats chauds. Les producteurs principaux sont la Chine, avec 4,5 millions de tonnes par an, puis les Etats-Unis et l’Inde. L’Europe et les Etats-Unis représentent 45% de la consommation mondiale de coton, alors qu’ils correspondent à 16% de la population mondiale. Voilà quelques renseignements sans grand scandale.

Ce que j’ignorais, c’est la suite : le coton représente 4 à 5% des terres agricoles dans le monde, et sa culture nécessite 25% de tous les insecticides et 10% de tous les pesticides utilisés sur la planète. Selon le Pesticide Action Network, la Californie utilisait 3 millions de kilos de pesticides pour la culture du coton. Aux Etats-Unis, un T-shirt représente 150g de pesticides et d’engrais.

 Ces chiffres, par contre, font peur. Ils représentent des risques de santé pour les agriculteurs, un lessivage progressif des sols à cause de l’utilisation exponentielle d’engrais chimiques. Saisons après saison, les sols perdent de leur fertilité, ne retiennent plus l’eau ni les sels minéraux. S’ils ne retiennent plus les liquides, cela signifie que les traitements chimiques finissent dans les nappes phréatiques situées sous les champs, et ainsi, dans l’eau consommée dans la région.

 Dans des régions proches des nôtres, le risque est avant tout sanitaire. Dans d’autres contextes, la culture intensive du coton peut avoir des conséquences socio-économiques désastreuses. Je vous conseille le documentaire de J. Despré et J. Polidor, Noir Coton, sorti en 2009, qui fait le point sur la culture cotonnière au Burkina Faso.

 

Sans entrer dans les détails, la culture du coton au Burkina est souvent entreprise pour avoir des ressources sonnantes et trébuchantes, à la place ou en complément d’une culture vivrière (sorgho, mil, etc). Les semences de coton et les produits chimiques nécessaires pour améliorer les rendements sont vendus à crédit par les sociétés cotonnières, ce qui signifie que le producteur entreprend la saison avec une dette à rembourser : toujours ça qu’il ne touchera pas.

Ces semences et engrais sont tous achetés en euros, mais le coton est vendu en dollars. Avec un euro fort, l’achat des produits est donc moins intéressant que la vente du coton. D’autant que les engrais chimiques sont liés au cours du pétrole, leur prix a donc considérablement augmenté ces dernières années : en 2001, un sac d’engrais coûtait 8 000 francs CFA, contre 14 000 Francs CFA en 2009. Aux Etats-Unis, en Europe et en Chine, la culture du coton est subventionnée, ce qui fait baisser les cours mondiaux, c’est ce qui nous permet d’avoir des T-shirts à 5 euros. Les producteurs non-subventionnés sont donc obligés de vendre leur coton une misère. A la fin de la récolte, beaucoup de paysans burkinabais (entre autres) ne sont pas rémunérés et sont endettés.

Les programmes d’innovation agricole liés au coton sont largement financés par Monsanto au Burkina. Monsanto, le géant américain des OGM. Dans Noir Coton, l’institut burkinabais teste une semence OGM de coton qui secrète lui-même un insecticide, ce qui est censé réduire le nombre de produits à utiliser pendant la culture. La capture d’écran montre bien que cette semence est testée en plein champ, et l’isolement des cultures se réduit à 25m de large. Comment être certain qu’il n’y aura pas de contamination dans ces conditions ?

 

Le coton OGM en question est testé un an dans une ferme expérimentale. Un an. Le semence est ensuite donnée gratuitement aux agriculteurs par Monsanto, pour qu’ils puissent la tester eux-mêmes. Les cultivateurs n’ont pas connaissance de la propriété intellectuelle liée aux semences OGM, qu’il faut payer année après année.

Dans le film, voici ce que dit Ylimi Gaston BONKA, enseignant :

« C’est une technologie que nous ne maîtrisons pas. Nous allons commencer à produire ce coton, notre variété actuelle va disparaître. Et demain, si on nous dit que l’hectare, les semences à l’hectare, c’est 50 000 francs CFA, vous serez obligés. Mais tant que vous n’allez pas pouvoir honorer ça, vous allez abandonner la culture cotonnière et ces mêmes multinationales qui vont venir occuper – on dit la terre appartient à l’Etat – qui vont venir occuper toutes nos superficies et nos producteurs vont encore devenir… c’est la main d’oeuvre, et c’est l’esclavage qui continue. »

 

« Les OGM et tout ce qu’il y a autour, ce ne sont que des instruments de domination. »

 

Entre le bouquin de S. Black et le film de J. Després et J. Polidor, je me suis pris une petite claque. Je n’avais aucune idée que de tels enjeux pouvaient sous-tendre non seulement le T-shirt en magasin, mais surtout l’ensemble du système de production textile, l’ensemble de la mode.

Je ne vous dit pas ça pour honorer mon devoir de citoyen, rien d’aussi abstrait. Non, c’est juste que si on me l’avait pas dit, je l’aurais pas su. Et certaines choses sont si scandaleuses qu’il faut que chacun les aie en tête, pour améliorer la situation.

C’est ce qu’on verra la semaine prochaine : que faire de sa culpabilité ? (Non ça c’est la une de Psychologie magazine ce mois-ci) Non, je vous raconterai ce que j’ai appris sur les solutions existantes.

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