Ravenna a changé son statut Facebook

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Après un mois de novembre plutôt réussi, j’ai pris quelques congés bloguesques en décembre, sans pour autant cesser de suivre l’actualité des blogueuses mode, les vraies. A l’heure où les articles-bilan vont survenir sur fond du formidable succès de certaines, il est de bon ton de se fendre également d’un billet sur l’année qui s’achève.

2012 a été l’année de la mode.

Evidemment, je dis cela parce que c’est l’année où j’ai commencé à l’étudier régulièrement. Après avoir produit une courte ethnographie des blogs, j’ai bien entendu suivi l’évolution, plus générale, des discours autour de ce secteur économico-culturel. Aurait-on dit sobrement « économique » il y a quelques années ? Je ne dispose pas du recul nécessaire pour l’affirmer, ceci dit, il me semble que la légitimation de la mode comme émanation culturelle, comme art à part entière, est en train de se mettre en place. Ce phénomène récent se manifeste par les pages « style » de tous les quotidiens nationaux : Libération (Next), le Monde (Style), le Nouvel Observateur (Obsession), l’Express (Style) et le pionnier Madame Figaro peuvent désormais considérer les productions vestimentaires au même titre que les sorties cinématographiques ou musicales sans se voir targuées de verser dans le féminin. Mona Chollet, auteur de Beauté fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine, elle-même journaliste au Monde Diplomatique, parle dans cette conférence à l’IFM de ce phénomène. Elle en livre une lecture pragmatique : les journaux ouvrent ces pages mode pour attirer les annonceurs et les financements publicitaires. Par ailleurs, le secteur du luxe français résistant bien à la crise économique internationale, il a pour ainsi dire acheté ses titres de noblesse. A mi-chemin entre art et industrie, la mode a semblé susciter cette année plus de commentaires que de coutume.

Cette vague de légitimation de la mode, c’est-à-dire qu’elle cesse peu à peu d’être absolument frivole et qu’elle devient un sujet de conversation considéré comme sérieux, au même titre que toute autre forme d’art reconnu, s’est aussi manifestée cette année au cinéma. J’ai cru voir apparaître un nouveau sous-genre, celui du « film de mode », cousin du film en costumes. Certes, j’avais déjà essayé d’exprimer que les films en costumes sont finalement les plus tributaires de la mode de leur contexte d’émission que de leur contexte scénaristique. Cette année, notamment avec Blanche-Neige et le Chasseur et Anna Karénine, j’ai l’impression que le part-pris d’un contexte temporel complètement stylisé a libéré les équipes de production et résolu une partie de ces compromis schizophrènes qui font que les films historiques vieillissent paradoxalement dix fois plus vite que les autres. Pour Anna Karénine, les robes de bal semblent sorties des collections haute couture d’un nouveau Dior et Charlize Theron semble être habillée chez Givenchy lorsqu’elle porte sa tenue de guerre à la fin de Blanche-Neige. L’attention portée à la post-production de l’image, polie et colorisée presque à la main, rappelle les séries éditoriales d’un Vogue italien. Et lorsque certaines marques s’intéressent au cinéma, comme Chanel qui a fait tourner ses publicités par Joe Wright, réalisateur d’Anna Karénine, les symboles finissent de se superposer.

Blanche-Neige et le chasseur n’était pas très bon. Influencés par Game of Thrones, les producteurs ont tenté une version plus noire et plus mature du conte, en s’efforçant de concilier les dures réalités d’une vie dans une dictature magique et d’une guerre avec la nécessaire aseptisation que suppose un blockbuster. En fait, toute la partie du film qui concerne Blanche-Neige est scénaristiquement indigente. En revanche, les trouvailles concernant le personnage de la Reine sont passionnantes, ce qui me fait penser qu’elle est la vraie héroïne, tragique, du film.

Le pouvoir par la beauté, la nécessité vitale de conserver l’une pour accaparer l’autre, voilà qui est très actuel, dans ce contexte d’abondance de discours sur la mode, non ? Et n’est-il pas intriguant de voir le nouveau miroir magique ? Il m’a laissé songeuse : ce n’est plus un miroir, c’est une silhouette d’or, voilée, anonyme, qui a le pouvoir de louer ou de condamner. L’image séculaire du narcissisme s’incarne désormais dans une figure extérieure, tierce, entre soi et soi. La Reine se voit dans le visage d’un autre. Eh quoi, et les blogs ? Et les réseaux sociaux ?

Tout cela s’annonce passionnant, si les sciences sociales entrent dans le concert des commentaires sur la mode, en prenant la place qui leur revient : celle de commenter les commentaires. Pour l’instant, il y a bien l’IFM pour publier une revue passionnante, mais tout cela manque d’ethnographie. J’ai hâte de voir comment tout cela va évoluer.

En attendant, portez-vous bien.

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