L’enfantin est toujours bizarre

J’ai même hésité à dire « toujours suspect« . C’est un style graphique, une superposition de connotations qui produit un sentiment d’étrangeté, je veux parler du puérilo-macabre. Porté par une génération de dessinateurs et artistes de tous calibres, cet esthétisme dont j’invente l’horrible nom est bien présent depuis quelques années, il change mais semble appeler à durer, même si je ne prétends pas prédire l’avenir. Les univers visuels comme le cirque, la forêt, la maison des temps anciens sont abordés par le chemin du conte, je veux dire de la représentation idéalisée, stylisée, conventionnelle.

Vladimir Stankovic

Ces univers doivent être perçus comme des univers enfantins pour que la magie opère, pour qu’un décalage dérangeant puisse se produire. Clair-obscurs inquiétants, déformations expressionnistes, introduction d’éléments explicitement ou implicitement violents, voici les principaux déclencheurs de ces antithèses visuelles. Pour ne citer que les représentants de la superbe collection Métamorphose des éditions Soleil, les fers de lance français de cet esthétisme sont Benjamin Lacombe, Jérémie Almanza, Lostfish ou encore Guillaume Bianco.

En parallèle de discours sociaux, l’enfance n’est plus – depuis longtemps, non ? – dans l’art le temps de l’innocence ni un âge d’or. C’est l’âge des traumatismes et l’âge des violences absurdes qui ne seront mises en sens qu’au prix d’immenses efforts. Je pense par exemple au Labyrinthe de Pan (Guillermo Del Toro, 2006), où s’entremêlent un univers de conte cruel et la guerre civile espagnole, dans un décor de pinède tortueuse. La violence du monde imaginaire répondant à celle du monde réel, la lecture psychanalytique de base peut mener à l’explication de l’un par l’autre : à une enfance noire répond un rêve noir.

Mister Finch

Dans le puérilo-macabre, il est intéressant de noter que le recul ne concerne pas seulement l’univers de référence mais aussi très souvent l’époque de référence. L’époque victorienne a connu une vogue incroyable à travers notamment du recours à la simili-gravure et au motif du cabinet de curiosités ou autres musées des horreurs. Les années d’entre-deux guerres connaissent aussi un certain succès, en reprenant et détournant les codes esthétiques des manuels de l’école républicaine (je pense notamment à l’univers visuel de Billy Brouillard). Il y a donc des dizaines de signes qui se superposent : ceux qui sont liés à l’espace choisi (le cirque, la maison hantée, la forêt…) et ceux qui sont liés au temps exploré (la seconde moitié du XIXème, le lointain XXème…).

Swan Bones

Est-ce une recherche d’exotisme par rapport à notre modernité, tout en choisissant des thèmes absolument fondateurs dans la culture qui fonde cette modernité ? Ce faux retour à l’enfance, que ce soit par des thèmes noirs ou concrètement, par des objets conventionnellement pour eux qui ne leur sont pas destinés – les poupées d’artiste par exemple – est-il à but thérapeutique ? A but sensationnel ? A but exploratoire ? Descriptif ?

Esther McManus

Ce style qui croise les livres pour enfant, même s’il est sur-référencé, est extrêmement contemporain : je ne vois pas vraiment d’exemple similaire dans l’histoire de l’art qui certes m’est très largement inconnue. Pas ainsi, en tout cas, pas comme un courant. Maintenant, cette esthétique ne se trouve-t-elle pas partout ? En décoration, une tendance au faux trophée de chasse (puérilo-macabre), et en mode… Et en mode, au fait ?

Je ne pense qu’à des détails. Le col claudine. Les motifs de hibou, de cerf, de renard, prolifiques depuis quelques saisons. Les blouses victoriennes. Les godillots à lacets. Les vieilles clefs en pendentif. Et bien sûr, tous les imprimés qui reprennent les codes esthétiques du puérilo-macabre.

A Beautiful Mess

Publicités

Y a-t-il une mode qui damne et une mode qui sauve ?

Ca fait longtemps que j’ai vu des reportages, lu des articles, été sensibilisée aux conséquences des choix qu’on fait en tant que consommateurs sur l’état du monde. Bon, après je ne veux pas donner de leçons ni essayer de sauver la planète toute seule, j’ai aussi plein de contradictions.

Par exemple pour les vêtements, j’ai très longtemps pris comme critère d’achat le pays de fabrication. Si c’était fait en Chine, par exemple, j’achetais pas. J’imagine que je devais juste avoir une ou deux règles pour que ma conscience soit en paix. Parmi elles, il y avait :

  • Fabriqué n’importe où sauf en Chine, donc. Si c’était dans un autre pays, aussi pauvre voire plus, je rechignais un peu mais si le vêtement me plaisait vraiment je l’achetais quand même.
  • Le maximum de fibres naturelles : les robes en coton et pas en polyester. Parce que bon, qui dit fibres naturelles dit meilleur pour la planète, pas vrai ? OK il n’y avait pas que ça, mais outre les questions de confort la préférence pour coton lin laine soie était aussi légitimée par l’impact environnemental.
  • Pas de chaînes, ou si peu. En fait je n’ai rien acheté chez H&M depuis que j’avais lu un reportage scandaleux sur les conditions de travail dans leurs usines du Bengladesh. Du coup je n’achète rien non plus à Zara, et c’est complètement arbitraire puisque les enseignes sont loin d’être les mêmes je suppose. Mais c’est aussi arce que je me pose cette question, depuis qu’une copine qui travaille dans une grande enseigne de fast-fashion me racontait que son job c’était pas vendeuse mais déballeuse : Et les invendus, ils vont où ?

Depuis, j’ai lu Eco Chic, the Fashion paradox, de Sandy Black, et soudain j’avais plein de réponses, même à des questions que je m’étais jamais posées. J’ai vu que choisir ce qu’on achète et où on l’achète, c’est pas mal, mais en France on est très loin d’avoir toutes les cartes en main lorsqu’on veut faire une sélection éclairée.
Du coup j’ai fait un dessin incompréhensible histoire de mieux comprendre.

Le designer qui est au milieu, accoudé dans la position du penseur à sa table de travail doit prendre en compte tous les enjeux environnementaux et sociaux liés à chaque étape de la production d’un vêtement. La culture de la fibre (le coton ou l’éprouvette en haut à gauche, c’est là que ça commence), sa transformation en fil, le tissage, la teinture ou l’impression, la coupe, l’assemblage et les finitions, l’acheminement, la vente, l’entretien, et la fin de vie. Ca peut être un designer ou bien un consommateur qui veut simplement faire attention à ce qu’il porte. A chaque étape, les mêmes questions reviennent peu ou prou :

  • Où ?
  • Par qui ?
  • Par quelles techniques ?
  • Avec l’aide de quels produits ?

J’ai envie de parler de ça ce mois-ci, à la lumière de ce que Sandy Black m’a appris. Je ne peux que trop vous conseiller de lire son ouvrage. (Si vous habitez à Lyon sachez qu’il est à la bibliothèque de Part-Dieu, c’est là que je l’ai trouvé !)

Parmi les trucs que j’ai lu chez elle :

Une immense partie des invendus de la mode sont tout bonnement INCINERES. Surtout ceux du luxe.

Les conditions de travail ne dépendent pas du pays mais de l’usine.

La fibre bambou n’est pas une fibre naturelle. Comme la rayonne, ce sont des molécules d’origine végétales qui sont recrées artificiellement.

D’ailleurs, 100% coton ne veut pas forcément dire plus respectueux de l’environnement.

Il y a beaucoup plus de marques et de distributeurs qui sont passés au vêtement responsable que je ne pensais.

C’est ça qu’il y a de super dans le livre de Sandy Black. D’abord, il est très bien écrit, très bien mis en page, concrètement très agréable à lire. Ensuite, il est passionnant, plein d’informations, de chiffres inconnus et de biographies surprenantes. Mais surtout, il met en avant un grand nombre de solutions face à tous ces défis environnementaux. Contrairement à d’autres oeuvres militantes, celle-ci ne donne pas envie de se jeter dans la Loire ni de partir vivre dans un ashram.

Il donne envie de soutenir tous ceux qui ont fait tant d’efforts, ceux qui banalisent tant d’innovations saison après saison, et ceux qui, peu importent leurs raisons (?), s’y mettent.

le Mois de novembre

Novembre est souvent un mois difficile. Ravis d’avoir pu dormir une heure de plus, nous sommes d’un coup attristés de voir qu’il fait nuit à cinq heures. Les courtes journées de pluie font également leur apparition, et sans doute avons-nous envie de pleurer devant le compteur de lux qui affiche un piteux résultat.

Bizarrement, octobre est toujours super : Tumblr devient tout orange de forêts, de renards et de chaï au pumpkin spice, les premiers frais (et non les premiers froids, vraiment) permettent de sortir les nouvelles pièces de la garde-robe d’hiver, et le manteau apparaît comme une réalité désirable mais encore un peu abstraite. Les couleurs sont superbes, parce que les lumières sont rasantes et donnent un modelé qui rendent intéressant n’importe quoi : une pelouse n’a jamais été aussi proche d’un paysage du Seigneur des Anneaux, un buisson semble un objet de réalité augmentée, et même les façades des immeubles ont quelque chose de cinématographique.

Alors qu’octobre, c’est l’automne fantasmé, novembre c’est l’automne concret, son gris, sa boue, sa déprime. Enfin, tout dépend d’où vous habitez et de ce qui se passe dans votre vie, bien sûr.

Cette année en novembre, je ne me laisserai pas avoir. Cette année en novembre, je serai blogueuse. Avec, promis, au moins un nouvel article par semaine, ici et sur Poppy Pignon.

A dimanche !

Le luxe chez les pauvres est-il encore du luxe ?

Cent pour cent soie coupée de biais, un godet asymétrique virevolte contre sa cuisse et fait onduler les vaguelettes bleutées, imprimées au bloc de bois sur une teinte peau nue comme un long tatouage qui danse lorsque ses pas la soulèvent, et la tête haute elle sourit en sentant contre son omoplate la griffe de satin comme si elle pouvait lire par la peau « Jean-Paul Gaultier », en arrivant au rayon des pâtes.

Karl Lagerfield a eu un aphorisme approchant de ceci « Si vous n’avez pas les moyens, n’achetez pas de luxe ». Quel discours de dominant, condamnant tous ceux qui aspirent aux attributs symboliques de sa classe, à ces transgresseurs qui ne sont même pas de parvenus mais des impostures, qui en singeant les habitudes les plus chic les discrédite complètement. Facho ! Me suis-je exclamée après avoir tenu peu ou prou ce discours.

Mais il faut essayer de comprendre le point de vue de tout le monde, et accorder à Karl Lagerfield le bénéfice du doute : personne ne peut tenir intérieurement un discours aussi politiquement incorrect, surtout en énonçant une maxime qui semble relever à ce point du simple bon sens. En esthète, Karl Lagerfield se soucie sans doute moins de politique que de cohérence.

Le prêt-à-porter de luxe, et plus encore la haute couture produisent des vêtements-oeuvres d’art, que ce soit dans l’expression directe d’une maîtrise technique et d’une inventivité hors du commun (broderies, formes extravagantes, incrustations, drapés…) ou dans la discrétion d’une perfection formelle discrète (coupe, matière, détails). Pour avoir accès à ces oeuvres, le public exclus des défilés pour des raisons économiques a plusieurs solutions : une éventuelle couverture télé, les reportages dans les magazines féminins ou encore les sites spécialisés, qui compilent la quasi-totalité des défilés. Dans une vidéo de Garance Doré, les deux créateurs de Proenza Schouler affirmaient accorder presque plus d’importance à la photo qu’au défilé en lui même, pour faire la promotion de leur collection. Ainsi, l’immense majorité du public a accès au vêtement-oeuvre dans une oeuvre : la photographie mise en scène pendant le défilé, ou la photographie encore plus mise en scène pour la campagne publicitaire.

Les vêtements du luxe font rêver pour l’ambition artistique qu’ils représentent, à un niveau technique et à un niveau symbolique. Le raisonnement semble être le suivant : certaine d’être bien habillée, la femme qui porte ces oeuvres est détendue, sûre d’elle, et par conséquent belle, désirable, consciente de l’être, en un mot, en paix, après s’être débarrassée de toutes ses insécurités. Maintenant, s’il s’agit d’une femme de la classe moyenne, qui s’offre une robe Hermès après deux ans d’économie, pour l’amour du travail bien fait, de l’épuration parfaite de la ligne et de l’extrême qualité du matériau, elle n’en aura pas moins à faire les courses, attendre dans la queue, aller chez le médecin, prendre le métro ou prendre sa voiture. Quel pouvoir, alors, est le plus puissant ? Est-ce l’aura de perfection du vêtement qui contamine la vie quotidienne, ou est-ce la vie quotidienne ancrée dans un certain milieu social qui soudain absorbe le vêtement de luxe pour le rendre banal ? Le quotidien est-il embelli par l’oeuvre portée, ou la robe trop pointue est-elle rendue bizarre hors-contexte ?

Le luxe est un contexte en lui-même. La femme Balmain vit dans un appartement lumineux, qui donne sur une cours intérieure ou sur un parc, elle croise les bras et son visage est détendu comme celui d’une personne sans préoccupation matérielle, quelqu’un qui ne va cuisiner que si elle en a envie, quelqu’un qui ne fera les courses que pour acheter un produit en particulier, non dans une grande surface mais dans une épicerie s’il s’agit d’un produit alimentaire. La personne abstraite qui porte le luxe évolue dans le luxe : la beauté tranquille de son environnement fait resplendir ce qu’elle porte, jusqu’au sac en papier Jil Sander, et la discrète flamboyance de sa tenue est comme apaisée par le goût absolu de tous les objets qui l’entourent.

Porter Jean-Paul Gaultier à Carrefour et porter Jean-Paul Gaultier chez Colette, est-ce la même chose ? Est-ce la même élégance ? Karl Lagerfield ne disait en fait rien d’autre que « soyez en accord avec votre environnement, soyez adapté, soyez cohérent ». Quelque chose qui le luxe ne peut pas ne pas faire. Une séance photo dans une décharge avec un portant de Kenzo, Mary Kantrazou, Gucci et Antonio Marras restera magnifiquement éclairée, coiffée, maquillée, cadrée, retouchée. Lorsque le luxe inclut des aires inhabituelle, il les rend inévitablement luxueuses. La réciproque est-elle vraie ? Le quotidien des classes moyennes, le quotidien des classes populaires peuvent-ils être rendu luxueux par un seul objet de luxe ? Dans ce sens, la rencontre des deux n’est-elle pas même comique ?

La conséquence serait terrible : pour pouvoir profiter du pouvoir lénifiant d’un manteau Givenchy, il faudrait habiter dans un immense appartement dont on ne s’occupe pas de l’entretien, il faudrait faire ses courses en épicerie fine et d’ailleurs les seules courses porteraient le nom « shopping », il faudrait se déplacer en taxi et être connecté à son Smartphone. Tout comme ces alicaments qui ne fonctionnent que dans le cadre d’une alimentation équilibrée, le vêtement magique n’aurait de pouvoirs que dans le cas d’une vie déjà luxueuse.

Je demanderai autour de moi, si ça change quelque chose d’avoir une veste McQueen de la collection Automne-Hiver 2006 ou des chaussures Pierre Cardin alors qu’on mange des pâtes sans beurre. Sans doute, oui, ça change quelque chose. Peut-être même que ça change tout ?

Le temps qu’on a – Le temps qu’on est

Comme toujours au retour de vacances, lorsqu’on n’est ni une blogueuse extrêmement organisée ni extrêmement intéressée, une période d’anxiété s’installe entre le moment où l’on pourrait recommencer à poster et le moment où l’on s’y met véritablement.

L’absence de post, l’absence d’entrée de journal papier, l’absence d’événement universellement observable dans le temps qui passe donne l’impression de fainéantise, et retirons-même le « fait », ne gardons que le « néant ». Sans trace du temps qui a passé, du temps qui fut rempli, ne reste qu’une impression désagréable d’avoir « néantisé ».

Ce qui est bien faux ! J’ai eu l’occasion de coudre bien des choses, d’en broder d’autre, de me spoiler l’intégralité actuelle de Game of Thrones en lisant les romans, d’apprendre l’histoire incroyable du Van Meegeren le faussaire de Vermeer, d’apprendre l’incroyable histoire de Paul le déserteur travesti des années folles, d’apprendre l’histoire incroyable de ma grand-mère dans l’Ariège, d’esquisser des notes ethnographiques au Pays Basque, d’écouter les conférences d’Onfray, de découvrir l’incroyable scène néo-traditionnelle française, d’en apprendre plus sur Marylin Monroe, de voir quelques-uns des films dans lesquels elle a joué, d’en apprendre plus sur Nelson Mandela, d’en apprendre plus sur la poésie contemporaine, de commencer la Pensée Sauvage,  de voir Once Upon a Time, the Newsroom, the Shield, the Big Bang theory, Richard II.

J’ai pensé à l’image détestable de la révolte et de la révolution, forcément confisquée par les terroristes, donnée dans le dernier Batman. J’ai pensé au Blanc et au Rouge, qui incarnent toue une idée de la féminité. J’ai pensé à ce qu’on peut et devrait faire face à une personne despotique dans notre vie quotidienne. J’ai pensé au mépris de classe. J’ai pensé à mon avenir.

Non pas que ça vous concerne.

Quelque chose reste donc à équilibrer, entre action et prise de position. A force de voir des journalistes qui s’efforcent d’être compétents dans the Newsroom, de lire des blogs féministes qui militent contre des absurdités d’un autre temps qui survivent malgré tout, de découvrir les pensées iconoclastes de philosophes presque absolument occultés par l’historiographie dominante, je me suis rendue à l’évidence. Cet espace, cette tribune perdue dans l’océan des tribunes, est un endroit où la censure intégrée fonctionne à plein. Alors qu’il y a tant de scandales à dénoncer, tant d’attitudes honorables à souligner, tant d’injustices et tant d’espoirs, dans tous les sujets existants, y compris les plus frivoles, je me décourage à parler de telle chose car pas assez renseignée, de spécialiser mon propos pour peut-être fidéliser quelques visiteurs, tout en admirant chez d’autres la légèreté des articles et parfois leur parfaite et cohérente superficialité.

Alors qu’il y aurait à dire et qu’il y aurait à critiquer, rien que dans le domaine de la mode. Non pas l’égotisme supposé des blogueuses et des journalistes, ou leurs goûts quels qu’ils soient, ou leur prétendue obscénité à exhiber je ne sais quelle richesse ou vie quotidienne, non, pour le moment cela n’a aucun intérêt et une critique de ces sujets vire trop rapidement au règlement de comptes. Il y a d’autres lièvres à soulever, d’autres histoires à écrire.

  • Qui sont les prescripteurs de mode ? Quel serait leur pouvoir maintenant, et surtout, quelles seraient leurs responsabilités, d’un point de vue économique, esthétique et moral ?
  • Dans une situation de détresse écologique de plus en plus criante, comment adapter la mode aux enjeux globaux ? Faut-il changer les habitudes de consommation, et si oui comment, vers quoi ? Sont-elles déjà en train de changer ?
  • Les conditions de travail dans le secteur du textile et de la mode sont-elles en train de s’améliorer ? Quels sont les organismes qui peuvent s’en assurer ? Quels syndicats s’occupent de les améliorer ?
  • Qui critique la mode aujourd’hui ? Si l’on entend le mot « critique » au sens philosophique, c’est-à-dire interroger, mettre en face de ses contradictions, questionner sa trajectoire.
  • Qui a fait une historiographie de la mode, qui a étudié comment s’écrit, comment on a écrit l’histoire de la mode ?
  • Comment développer une filière « commerce équitable » en vêtement ? En intégrant des populations pauvres dans la chaîne de fabrication (teinture à l’indigo des minorités ethniques du Vietnam, impressions manuelles chez les artisans d’Inde, broderies réalisées par des brodeuses traditionnelles marocaines…) selon les normes du commerce équitable ? Pourquoi n’est-ce pas généralisé chez les enseignes du luxe ?

Que de questions auxquelles il faudrait répondre. C’est justement parce que ces réponses n’ont pas été apportées ou n’ont pas été entendues que la mode est encore suspectée de tous les vices : frivolité, superficialité, vanité, etc. Les choses ont changé, cela dit. Tout le Monde sait que la mode est un énorme enjeu économique, esthétique et politique.