Le temps qu’on a – Le temps qu’on est

Comme toujours au retour de vacances, lorsqu’on n’est ni une blogueuse extrêmement organisée ni extrêmement intéressée, une période d’anxiété s’installe entre le moment où l’on pourrait recommencer à poster et le moment où l’on s’y met véritablement.

L’absence de post, l’absence d’entrée de journal papier, l’absence d’événement universellement observable dans le temps qui passe donne l’impression de fainéantise, et retirons-même le « fait », ne gardons que le « néant ». Sans trace du temps qui a passé, du temps qui fut rempli, ne reste qu’une impression désagréable d’avoir « néantisé ».

Ce qui est bien faux ! J’ai eu l’occasion de coudre bien des choses, d’en broder d’autre, de me spoiler l’intégralité actuelle de Game of Thrones en lisant les romans, d’apprendre l’histoire incroyable du Van Meegeren le faussaire de Vermeer, d’apprendre l’incroyable histoire de Paul le déserteur travesti des années folles, d’apprendre l’histoire incroyable de ma grand-mère dans l’Ariège, d’esquisser des notes ethnographiques au Pays Basque, d’écouter les conférences d’Onfray, de découvrir l’incroyable scène néo-traditionnelle française, d’en apprendre plus sur Marylin Monroe, de voir quelques-uns des films dans lesquels elle a joué, d’en apprendre plus sur Nelson Mandela, d’en apprendre plus sur la poésie contemporaine, de commencer la Pensée Sauvage,  de voir Once Upon a Time, the Newsroom, the Shield, the Big Bang theory, Richard II.

J’ai pensé à l’image détestable de la révolte et de la révolution, forcément confisquée par les terroristes, donnée dans le dernier Batman. J’ai pensé au Blanc et au Rouge, qui incarnent toue une idée de la féminité. J’ai pensé à ce qu’on peut et devrait faire face à une personne despotique dans notre vie quotidienne. J’ai pensé au mépris de classe. J’ai pensé à mon avenir.

Non pas que ça vous concerne.

Quelque chose reste donc à équilibrer, entre action et prise de position. A force de voir des journalistes qui s’efforcent d’être compétents dans the Newsroom, de lire des blogs féministes qui militent contre des absurdités d’un autre temps qui survivent malgré tout, de découvrir les pensées iconoclastes de philosophes presque absolument occultés par l’historiographie dominante, je me suis rendue à l’évidence. Cet espace, cette tribune perdue dans l’océan des tribunes, est un endroit où la censure intégrée fonctionne à plein. Alors qu’il y a tant de scandales à dénoncer, tant d’attitudes honorables à souligner, tant d’injustices et tant d’espoirs, dans tous les sujets existants, y compris les plus frivoles, je me décourage à parler de telle chose car pas assez renseignée, de spécialiser mon propos pour peut-être fidéliser quelques visiteurs, tout en admirant chez d’autres la légèreté des articles et parfois leur parfaite et cohérente superficialité.

Alors qu’il y aurait à dire et qu’il y aurait à critiquer, rien que dans le domaine de la mode. Non pas l’égotisme supposé des blogueuses et des journalistes, ou leurs goûts quels qu’ils soient, ou leur prétendue obscénité à exhiber je ne sais quelle richesse ou vie quotidienne, non, pour le moment cela n’a aucun intérêt et une critique de ces sujets vire trop rapidement au règlement de comptes. Il y a d’autres lièvres à soulever, d’autres histoires à écrire.

  • Qui sont les prescripteurs de mode ? Quel serait leur pouvoir maintenant, et surtout, quelles seraient leurs responsabilités, d’un point de vue économique, esthétique et moral ?
  • Dans une situation de détresse écologique de plus en plus criante, comment adapter la mode aux enjeux globaux ? Faut-il changer les habitudes de consommation, et si oui comment, vers quoi ? Sont-elles déjà en train de changer ?
  • Les conditions de travail dans le secteur du textile et de la mode sont-elles en train de s’améliorer ? Quels sont les organismes qui peuvent s’en assurer ? Quels syndicats s’occupent de les améliorer ?
  • Qui critique la mode aujourd’hui ? Si l’on entend le mot « critique » au sens philosophique, c’est-à-dire interroger, mettre en face de ses contradictions, questionner sa trajectoire.
  • Qui a fait une historiographie de la mode, qui a étudié comment s’écrit, comment on a écrit l’histoire de la mode ?
  • Comment développer une filière « commerce équitable » en vêtement ? En intégrant des populations pauvres dans la chaîne de fabrication (teinture à l’indigo des minorités ethniques du Vietnam, impressions manuelles chez les artisans d’Inde, broderies réalisées par des brodeuses traditionnelles marocaines…) selon les normes du commerce équitable ? Pourquoi n’est-ce pas généralisé chez les enseignes du luxe ?

Que de questions auxquelles il faudrait répondre. C’est justement parce que ces réponses n’ont pas été apportées ou n’ont pas été entendues que la mode est encore suspectée de tous les vices : frivolité, superficialité, vanité, etc. Les choses ont changé, cela dit. Tout le Monde sait que la mode est un énorme enjeu économique, esthétique et politique.

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