Pourquoi le régime estival

Dès Mars et même chez mes copines les plus faussement cool vis-à-vis de leur apparence, l’anticipation de la saison chaude apparaît, et avec elle la volonté de tendre ses formes, d’éviter la mollesse. A plat sur les unes, ce sont les recettes des nouveaux régimes, dans les chambres ce sont les abdos et les pédalos dans l’air.

S’agit-il d’être belle pour la plage ? Belle pour son short, sa petite robe flottante ? A mettre ses vêtements d’été en hiver, il est possible de se trouver belle dans le miroir, même avec les réveillons et les potées d’hiver dans le corps. Si l’été signifie la vie au grand air, quelle crainte peut-il y avoir à croiser des miroirs dans le sable ou dans les prés ? Le regard des autres, peut-être est-ce là la force qui nous anime lorsque l’on sent le besoin de se compresser. Mais selon mon expérience, ce n’est jamais le regard des autres qui façonne une mauvaise image de soi, c’est le regard de soi sur soi, ce regard distancié qui est le vrai autre, bien moins clément qu’une conscience dont on ignore la pensée.

Je ne crois pas que toutes celles qui ont un jour entamé une séance d’abdominaux simplement pour avoir l’air correcte en maillot de bain aient été motivées par l’appréhension d’un regard étranger. Peut-être de façon positive, pour certaines, en imaginant une histoire d’amour à 37° dont ce corps remodelé serait l’incipit. L’appréhension la plus cruelle, il me semble, est celle de son propre jugement. Pour cela, le miroir ne pose pas trop de problème : sans s’en rendre compte, la silhouette se gaine, le ventre s’aplatit, la posture est bonne. Non, ce qu’il faut craindre, ce sont les photos de vacances.

Le régime, le sport… Tout cela, n’est-ce pas pour être à la hauteur de ses propres attentes lorsqu’elle sait qu’elle sera prise sur le vif, sans pouvoir contrôler l’épaisseur de ses lèvres, la cambrure de son dos, l’aplatissement de ses bras contre ses côtes, l’éventuelle ligne noire au-dessus du nombril ? Le miroir ne dure qu’une seconde, il s’oublie dès que la vie reprend le dessus. Une fois dans l’eau, une fois à jouer avec son petit cousin, une fois dans la partie de foot, l’image du miroir s’estompe pour ne plus être qu’un corps qui bouge et qui interagit avec les autres. La vraie violence, c’est la déception du surgissement de cette image étrangère, cette chose grasse et laide qu’une vérité affreuse désigne comme nous, ce corps qui l’instant d’avant était tout à fait vivable, désirable, agréable.

Les magazines de mode ont sans doute bien des torts, et bien sûr il faudrait gérer cette insécurité autrement que par des régimes inefficaces, des séances de sport qui dureront un mois, le tout illustré par une magnifique jeune fille habituée à l’exercice qui sait comment se rendre belle à l’aveugle devant l’objectif.

L’envie de maigrir, de se tendre, de se contracter, est une réaction à cette anticipation à l’idée d’être figée dans une lumière peu flatteuse. Le régime, c’est vouloir correspondre en deux dimensions au corps qu’on a l’impression d’être en trois. En une mot, c’est vouloir supprimer cette surprise désagréable, faire coïncider soi et soi.

J’ai longtemps trouvé ce combat futile, mais maintenant je le trouve à la fois beau et tragique, car bien sûr, l’efficacité des régimes prescrits dans les magazines est douteuse, et la démarche même du régime est souvent inadaptée aux personnes qui n’ont pas de gros problème de poids. Et bien sûr, toujours la même question : qui a tort ? Sont-ce les canons de beauté qui nous imposent cette rigueur anti-hédoniste ? « rondes », « pin-up », « rétro », « burlesque »… Tant de façons contemporaines de légitimer toutes les morphologies, qu’on a du mal à comprendre pourquoi il n’est pas plus facile d’accepter stoïquement son apparence sur les photos.

Les moyens sont à bannir. La fin, en revanche, est assez belle : se considérer comme une matière brute, à sculpter. Vouloir réduire la surprise, c’est bien vouloir devenir soi-même.

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