Héroïsme à New-York

D’habitude je ne regarde pas trop la fashion week new-yorkaise. Il y a beaucoup trop de créateurs, j’en connais trop peu, et je souffre d’un préjugé terrible : j’imagine qu’ils correspondent tous au cliché « pantalon noir-pull blanc » des gardes-robes un peu trop pragmatiques des riches adultes. D’habitude j’attends la fashion week parisienne et je regarde les mastodontes : Jean-Paul Gaultier, Chanel, Dior quand il y avait Galliano, Kenzo etc.

Mais cette année, je sais pas, j’ai eu un peu de temps. Et l’ambiance sur les podiums new-yorkais m’a surprise. Bien sûr, il y avait pas mal de petite-robe-luxueuse-et-passe-partout, mais il y avait aussi autre chose de beaucoup plus réjouissant.

En regardant certains défilés, j’ai eu l’impression que l’image de la femme pour l’automne 2012 était une image héroïque. Je n’ai pas lu toutes les reviews des journalistes mode (en fait je n’en ai lu qu’une seule), donc je ne sais pas si elles partagent mon interprétation ou s’il existe de mon côté un déficit de lecture qui fait diverger les visions.

Voici quelques looks tirés du défilé d’Alexander Wang. Alors, pourquoi image héroïque ? Parce que pour moi, ces monochromes, ces découpes de matières, empiècements qui jouent sur le contraste tissu-peau ou tissu-résille, c’est très proche de l’image des ninjas dans Naruto. Scandaleux. Mais comment ne pas penser à ces silhouettes furtives sautant de toit en toit face à cette réinterprétation du col roulé ? Les gants, les manches montantes ? L’utilisation de la résille ? C’est presque une version pour les grandes des designs de Masashi Kishimoto version manga, c’est-à-dire noir et blanc. Entre ninja et agent secret donc, le costume dessiné par Alexander Wang.

Voici un extrait de la collection de Hervé Léger by Max Azria. Je crois que si on se souvient de mon admiration pour les costumes guerriers des reconstitutions fantasques (par exemple, prenons Xena, the Warrior princess), l’image héroïque est plus évidente. Le harnais de cuir, les bottes à sangles et les bottes au bout ouvert qui évoquent les sandales, zone de la poitrine très soulignée – d’ailleurs avec une plastique plus développée, le résultat doit être saisissant… L’ambiance est presque, mais entendons-nous bien, dans toute la limite du bon goût puisque nous sommes sur les podiums de New-York, au cosplay de Spartacus. Ou au bon vieux RPG.

Est-ce une déformation culturelle de mon regard ou une vraie mutation référentielle ? La première assurément, la seconde peut-être sur un mode mineur qu’on ne pourra vérifier que sur le long terme, et puisque sur le long terme les références auront de toute façon changé, ma théorie se vérifiera au moins un peu, mais je n’y penserai plus puisque je serai dans les Pyrénées à écrire des romans, des traités, ma revue rêvée et un blog. Est-ce une déformation culturelle de mon regard ou une vraie mutation référentielle ? Le fait est que j’ai l’impression qu’on se permet cette année, dans ce qui me semblait l’antre de la mode sérieuse (peut-être que la fashion week milanaise est encore pire pour cela), des couleurs, des imprimés, des superpositions qu’on ne voyait que chez Square Enix (développeurs de la saga Final Fantasy).

J’en veux pour preuve ces deux défilés déjà cités, mais aussi d’autres encore plus enthousiasmants, de couleurs et d’imprimés fous.

Ce qui me plaît beaucoup dans ces tenues de chez Christian Cota, outre la diversité ethnique des mannequins, ce sont bien sûr les couleurs et des motifs utilisés, plutôt audacieux pour une palette d’hiver, même si on retrouve la fameuse gamme des feuilles d’automne (vert, or, rouille, vermillon, etc) et des couleurs froides qui peuvent rappeler nos passages glaciaires. C’est l’assemblage de tout cela qui donne un aspect puissant, décontracté sans être ennuyeux. Le sérieux potentiel des coupes, justement, est complètement annulé par les tissus choisis. En imaginant tous ces looks en uni monochrome, je me serais sans doute dit : « Encore une fashion week new-yorkaise. » L’aspect héroïque vient peut-être du courage qu’il faut pour porter ces tissus. Je l’ai rarement : j’ai toujours l’impression que des imprimés aussi beaux volent totalement la vedette, créent une tenue sans porteur. Il faudrait voir l’inverse, ce vif sophistiqué et connu, c’est une façon de s’encourager, et les tissus nous haussent à leur hauteur. Le costume comme signe du personnage.

Je ne pouvais pas continuer à parler d’imprimés, surtout suite au précédent post, sans montrer la pièce finale de chez Duro Olowu. Ce défilé recèle des tenues tout aussi folles et enthousiasmantes. Soulignons l’utilisation de la cape, accessoire héroïque par excellence, pour ce modèle qui aurait presque fait trop dans une saga de science-fiction.

Autre attribut selon moi presque typique de ces vêtements propres aux excentricités de l’imaginaire (jeux vidéos, bandes dessinées, films) : la coupe court devant-long derrière, dont on a déjà deux exemples dans le défilé de Christian Cota, et souvent utilisée par les graphistes comme un compromis entre costume féminin et virilité, (c’est-à-dire activité, initiative, etc. et non pas dans le sens « attribut du sexe masculin ») puisqu’elle permet de courir aisément mais en faisant quand même de jolis effets, et de montrer les chaussures ou bottes et de se déchaîner visuellement sur elles. Quoi qu’il en soit, cette coupe revient discrètement, et il faudrait peut-être que j’apprenne enfin à la réaliser avec un aussi beau tombé que chez Wes Gordon. Toutes les photos de l’article, je le précise maintenant, viennent du site Style.

Ainsi, j’ai essayé de faire exister une tendance de la saison prochaine : l’héroïsme. Comment ça serait, si les tendances étaient des vertus ? Est-ce que dans les magazines on aurait à la place de « Cet hiver, on veut des rayures » quelque chose comme « Cet hiver, soyez courageuses ». Et au lieu des dix conseils allant de « Je recycle les marinières de l’été » à « Je copie les grands designers (avec ces sous-marques) », est-ce qu’on aurait « J’exerce mon désir », « Je parle à des inconnus-es », « Je cherche ma philosophie de vie » ? Est-ce que ça serait bien d’avoir ça dans des magazines féminins, nécessairement soumis à des impératifs commerciaux ?  Sans doute. Ca viendra, peut-être.

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