Les Mandarines

Ces motifs japonais du XIXème siècle me rappellent l’étrange fascination que je peux éprouver en écoutant de la musique de théâtre Nô. Des morceaux de bois se heurtent, parfois une flûte crie deux ou trois coups, et un vieil homme s’étonne avec une voix gutturale « Ho ? ». C’est là que je me rends compte que j’ai rien pour comprendre cette musique, alors que je comprends les restitutions du théâtre baroque français ou le théâtre en grec ancien. Je ne comprends pas le Grec ancien comme ça, hein, comme à tout le monde il me faut mon cours, mon Bailly et six heures pour quatre phrases, mais le lien se fait : je connais l’époque, quelques personnes, vaguement ce dont on discutait en ce temps-là. Le Nô, pour moi c’est au moment où les Japonais portaient des kimonos. Donc éventuellement avant la guerre, pendant qu’il y avait des samuraï à cheval au service de seigneurs qui criaient leurs ordres ou leurs salutations avec une voix rauque comme dans les films de Kurosawa.

Il y a un monde en dehors de l’Occident, ah bon ? On peut penser hors des catégories grecques ?

Je lis une histoire de la Chine. Je n’y connais toujours rien, mais au moins je comprends mieux certaines décisions, certains caractères qui me semblent insupportables et qui là-bas sont transmis depuis des millénaires. J’admire aussi une avance technique et conceptuelle considérables. Maintenant je peux placer leur natte, le Secret des Poignards Volants, Conficius et l’arrivée du Bouddhisme sur une ligne de temps. Par contre, mon livre n’a pas d’images : je ne connais rien à l’histoire du costume dans les pays d’Asie, sauf les reconstitutions au cinéma. Cela viendra plus tard.

Enfin le monde s’élargit.

Etonnant, amusant, je ne sais pas, toujours est-il qu’à la bibliothèque de quartier le rayon « Chine » commence au vingtième siècle. En France, la Chine existe en quelque sorte depuis la Guerre Froide, ou depuis les T-shirts de mauvaise qualité. Certains titres renseignent plus spécifiquement sur ce pourquoi on pourrait s’intéresser à ces gens-là : vont-ils nous envahir ? Nous ont-ils déjà envahis ? Comment les comprendre ? Quelles sont leurs failles ?

Finalement ils sont comme tout le reste : ils se sont battus, ils se sont révoltés, ils se sont organisés, ils ont vécu en paix, ils sont entrés en guerre, ils ont labouré, ils ont élevé, ils ont tissé, ils ont prié… Rien de si exotique.

La vision que nos ancêtres ont eu de la Chine est passionnante. Orientalisme, Opium d’Yves Saint-Laurent, porcelaine, motifs, pyjamas… Mystère, raffinement, opulence : l’Occidental y a vu un lointain égal, ou une survivance du passé dans son présent. J’essaye d’imaginer non pas notre ailleurs mais leur ici. Là-bas c’est nous qui sommes autres.

Tout ça, c’est la différence entre le voyage et le déplacement ?

Se dé-placer, remettre en question une pensée devenue paresseuse parce que trop confiante. Se rendre autre, se rendre l’autre, mais pour quoi faire ? Cesser d’être soi ? Et imaginer ce que serait l’universel.

2012, année de l’ambition, semblerait-il.

Mais pas de l’hermétisme, j’espère.

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