Les rencards imaginaires

Je crois que j’ai toujours des problèmes avec l’été. La saison sèche, de l’indolence, de l’herbe sous les pieds et du sables brûlant… Je ne sais jamais comment m’habiller en été.

Pierre-Louis Pierson, Etude de jambes, 1861

D’ailleurs souvent, je suis plus attirée vers les collections d’hiver que les collections d’été. Fourrures manteaux chaussures collants robes de toutes les longueurs, la tenue est plus facile à composer parce qu’il y a plus de choses à porter. Une pièce complète voire rattrape une autre et c’est l’ensemble qui importe.

En été, il faut aller beaucoup plus vite à l’important. En gros, en deux vêtements, la tenue est faite. Beaucoup plus difficile de faire quelque chose d’harmonieux avec aussi peu de choses.

Je n’ai quasiment pas de couleur dans mon placard. Du noir partout, addition très récente de blanc et d’un peu de bleu marine.

En été, lorsqu’on cherche à donner la pêche dans cette saison déprimante, c’est un handicap certain.

Saison déprimante, l’été ? Résultats d’examens, tous les ans je quitte un certain nombre de camarades de classe en sachant que ce sera difficile de garder le contact, puis il y a la longue période des vacances où je ne fais que dormir (la nuit, le matin, la sieste d’après manger et le coup de barre de 18h…) et me flageller intérieurement parce que je ne fais rien, alors que mon esprit se grille après trois secondes de concentration, il fait chaud, le matin j’ai à peine envie de m’habiller puisqu’il n’y a pas grand monde à voir dans mon couvent…

Oui, l’été est déprimant. Ou bien la saison est tout simplement contaminée par ma déprime annuelle.

Tout cela ne pousse ni à l’élégance ni à la création.

(Alors que, par tous les dieux, j’ai le temps ! Et une demi-douzaine de projets importants à avancer !

Allons. Il faut y remédier, et pour cela, finir cet article au lieu d’aller faire trois pas dans le jardin. Un peu de discipline, que diable.)

Il y a quand même quelques clichés de l’été que j’aime bien : le seersucker, l’association blanc/rouge et blanc/bleu, les canotiers, les capelines, le revival hippie, les spartiates.

Si j’avais une porte-monnaie extensible, une espace de stockage infini et un coeur à l’épreuve de la lassitude, je me laisserais aller pour tout un tas de choses. En attendant, certains objets m’évoquent simplement des situations et des mises en scène.

Pour un pique-nique au jardin d’acclimatation, ou même un sandwich acheté en route, un short large et retroussé, froncé à la taille et attaché avec une ceinture de fortune. De la grosse toile brodée, du lin ou du coton bis. Des sandales plates aux pieds pour pouvoir couper par les pelouses et le short pour s’assoir tranquillement par terre. Sur les épaules, si le temps fraîchit, j’emporterai soit un châle peint ou brodé, soit une veste un peu remarquable par son imprimé, sa couleur ou ses finitions. Puisque j’arriverai en avance, je prendrai un tout nouveau carnet de note où j’écrirai avec ostentation, pour entamer le dialogue et briser la glace.

Le type qui va avec ça est sans doute victime de mon imagination : je le crois facilement impressionnable, un peu timide et nostalgique du paradis perdu. Il a tout à m’apprendre sur lui.

 Veste fleurie : Wildfellhallvintage – Veste jaune : Nemres – Veste grise : Etsy :/ – Short : Joliejuliette – Journal : TheBlackSpotBooks – Sandales : Sandali

*

Pour un rendez-vous en fin d’après-midi, dans un bar, où on peut s’assoir les jambes croisées, je crois que je chercherai plutôt vers une allure rétro, avec des chaussures à talons, à bride derrière, à petits noeuds sous lesquels apparaissent les ongles vernis. Pour la robe, un air estival et marin, sur un patron des années 1950, dans du coton blanc aux fines rayures bleues, avec un large col. Un jupon de cotonnade blanche pour donner du bouffant et accentuer la finesse de la taille… J’ai décidément le goût conservateur et les hanches larges. Un bibi de paille avec des lèvres rouge cerise, si je veux pousser l’impression vintage jusqu’au voyage temporel. Mais avec ceci, puisqu’il fait chaud, un demi de blonde pour relativiser l’allure grande dame et saper ma crédibilité. Sans doute je serai en train d’essayer de lire quelque chose. Un Bataille ou un tome de l’Histoire de la sexualité de Michel Foucault, si je veux faire peur. Ainsi parlait Zarathoustra, si je veux me la péter, ou le Paysan de Paris si je veux avoir l’air gentille. Dans tous les cas, je me dirai que le livre est censé prouver que je ne peux pas être totalement mauvaise.

Le type n’a pas grand chose à voir avec moi. Nous avons un lien un peu ténu, un peu prétexte, et je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Même si tout ce que je porte crie, à sa façon, que je n’ai pas besoin de lui, il faudra que j’essaye d’être vraiment à l’écoute de ce qu’il peut me dire.

 Robe rose et blanche : MackenzieMode – Patrons vintage : MissBettysAttic – Escarpins : Praceandswagger

*

Pour une après-dîner dans un village des Landes, lorsqu’une grande maison regorge de joyeux amis, je suppose que je n’aurai qu’à tendre la main vers une robe longue et fleurie, une besace et des talons de bois. Un pull déformé roulé en boule dans le sac, je prends tout de même une étole à franges et des gants. Le revival hippie trouve là sa limite ou sa poursuite. Le type serait l’accessoire de trop.

Robe en dentelle : Rockstreetvintage – Robe verte : Ideas2lifestyle – Robe blanche : Fantasyclothes – Robe à fleurs : Asos – Châle paisley : Prvtcollection – Gants tulipe : Decatiquestudio – Gants moutarde : Brownandblack – Châle à fleurs : Misovintage

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